Près de 4 millions d’entreprises françaises s’échangent chaque année environ 2 milliards de factures interentreprises, selon l’Agence pour l’informatique financière de l’État (AIFE, chiffres 2021). Dans sept jours, le 1er septembre 2026, toutes ces entreprises — la vôtre comprise, à La Réunion comme en métropole — devront être capables de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. La bonne nouvelle : si vous avez suivi notre série depuis février, l’essentiel est probablement déjà en place. La checklist qui suit vous permet de le vérifier en six points, idéalement avec votre expert-comptable, avant la fin de la semaine. C’est l’action de la semaine : un rendez-vous de 30 minutes, la liste sous les yeux, et vous abordez le 1er septembre l’esprit tranquille.
Que se passe-t-il exactement dans sept jours ?
Petit rappel du cadre, pour celles et ceux qui prennent la série en cours de route. Selon le calendrier officiel publié sur impots.gouv.fr, deux obligations entrent en vigueur le 1er septembre 2026.
La première concerne tout le monde : chaque entreprise assujettie à la TVA, quelle que soit sa taille, doit être en mesure de recevoir des factures électroniques. Le food-truck de Saint-Paul, l’électricien de Saint-Benoît et la PME de services du Port sont logés à la même enseigne que les grands groupes.
La seconde concerne l’émission : les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) devront émettre leurs factures au format électronique dès cette date. Pour les TPE, PME et micro-entreprises, l’obligation d’émission n’arrive que le 1er septembre 2027. Vous avez donc encore un an pour ce volet-là — mais la réception, elle, c’est dans une semaine.
Et La Réunion n’a aucun régime dérogatoire : la TVA s’applique sur notre île (taux normal de 8,5 %, taux réduit de 2,1 %), et la foire aux questions consacrée aux DROM publiée par la DGFiP en janvier 2026 confirme que les entreprises réunionnaises suivent exactement le même calendrier que la métropole. Nous l’avions détaillé dans notre article de février sur la réforme puis dans le point d’étape à J-90.
La checklist finale : les trois points bloquants (1 à 3)
Voici les six vérifications à passer en revue cette semaine, en commençant par les trois qui peuvent réellement bloquer le circuit. Chacune prend entre deux minutes et une demi-heure. Cochez, corrigez, avancez.
Point 1 : votre plateforme agréée est choisie ET votre compte est activé
Choisir ne suffit pas : il faut que le compte soit ouvert, activé et testé. Selon la liste officielle publiée sur impots.gouv.fr, plus de 130 plateformes agréées étaient immatriculées par la DGFiP en juin 2026 — l’offre ne manque pas, et nous avions publié une méthode de comparaison en trois critères à J-45. Si votre logiciel de facturation ou votre expert-comptable a fait le choix pour vous, demandez une confirmation écrite : « oui, votre entreprise est raccordée, voici la plateforme et l’identifiant du compte ». Une réponse vague à cette question est un signal d’alarme.
Point 2 : votre entreprise est correctement référencée dans l’annuaire
Le système repose sur un annuaire central qui associe chaque SIREN à sa plateforme de réception. C’est grâce à lui que la facture de votre fournisseur trouve son chemin jusqu’à vous. Demandez à votre plateforme ou à votre comptable de vérifier que votre SIREN y est bien enregistré et rattaché à la bonne plateforme. Une entreprise absente de l’annuaire ou mal rattachée est tout simplement injoignable dans le circuit de la facture électronique.
Point 3 : les SIREN de vos clients professionnels sont fiabilisés
Dans l’autre sens, vos futures factures électroniques seront adressées au SIREN de vos clients, pas à leur adresse e-mail. Un numéro erroné dans votre base clients, et la facture ne partira pas — ou partira chez le mauvais destinataire. Profitez de cette semaine pour passer en revue vos dix plus gros clients professionnels : SIREN exact, raison sociale à jour, adresse de facturation correcte. L’annuaire des entreprises (annuaire-entreprises.data.gouv.fr) permet de vérifier gratuitement chaque numéro en quelques secondes.
La checklist finale : les trois points d’organisation (4 à 6)
Les trois derniers points ne bloquent pas techniquement le circuit, mais ils font la différence entre une conformité de façade et une organisation qui tient la route en septembre.
Point 4 : vos factures comportent les nouvelles mentions obligatoires
La réforme ajoute des mentions obligatoires sur les factures : le SIREN du client, la catégorie de l’opération (livraison de biens, prestation de services, ou les deux), l’adresse de livraison lorsqu’elle diffère de l’adresse de facturation, et le cas échéant l’option de paiement de la TVA d’après les débits. La plupart des logiciels à jour les gèrent automatiquement — encore faut-il que les champs soient renseignés. Ouvrez votre dernier modèle de facture et vérifiez ligne par ligne avec votre comptable.
Point 5 : quelqu’un dans l’entreprise sait où arriveront les factures
Une facture électronique n’arrive pas dans votre boîte e-mail : elle arrive sur votre plateforme, avec un statut qui évolue (déposée, rejetée, refusée, encaissée…). Si personne ne consulte cet espace, des factures fournisseurs peuvent dormir sans être vues — avec, à la clé, des relances, des pénalités de retard et des relations commerciales abîmées. Désignez la personne responsable, activez les notifications par e-mail si votre plateforme le propose, et prévoyez un réflexe simple : un coup d’œil chaque matin, comme pour la boîte mail.
Point 6 : le rendez-vous de rentrée avec votre expert-comptable est calé
C’est le point qui verrouille tous les autres. Beaucoup de cabinets réunionnais ont équipé leurs clients en série avant l’été ; un point de 30 minutes cette semaine permet de confirmer que votre dossier en fait partie, de balayer les cinq points précédents et de convenir de la marche à suivre en septembre (qui traite les rejets ? qui suit les statuts ?). Si votre comptable est débordé — la dernière semaine d’août s’annonce chargée dans tous les cabinets de l’île — demandez au minimum une confirmation écrite des points 1 et 2, les deux seuls réellement bloquants.
Et si vous découvrez cette échéance seulement maintenant ?
Pas de panique, mais plus une minute à perdre. Le scénario de rattrapage express tient en trois gestes : appelez d’abord votre expert-comptable ou votre éditeur de logiciel (la plupart des solutions de facturation du marché sont adossées à une plateforme agréée, l’activation peut être rapide) ; à défaut, choisissez directement une plateforme sur la liste officielle d’impots.gouv.fr en privilégiant une offre simple adaptée aux TPE ; enfin, vérifiez votre référencement dans l’annuaire une fois le compte ouvert.
Côté sanctions, la loi de finances pour 2026 a durci le régime : l’amende pour défaut d’émission de facture électronique est passée de 15 à 50 euros par facture, et celle pour manquement au e-reporting de 250 à 500 euros par transmission, avec un plafond global de 15 000 euros par an, selon Service-Public.fr (janvier 2026). Mais le même texte prévoit une clause de bienveillance : pas de sanction pour une première infraction si elle est réparée spontanément ou dans les 30 jours suivant une demande de l’administration. Autrement dit : l’administration ne cherche pas à piéger les retardataires de bonne foi, mais l’immobilisme prolongé coûtera cher.
Un point d’attention budgétaire pour finir : si votre mise en conformité passe par un nouveau logiciel ou un accompagnement, pensez aux dispositifs d’aide régionaux. Le chèque numérique Kap Numérik de la Région Réunion peut couvrir une partie de ces dépenses — nous avons consacré un guide complet au dossier Kap Numérik en juillet, et un panorama des aides au numérique en début d’année.
Pourquoi cette semaine est-elle la bonne, et pas la suivante ?
Parce que tout ce qui peut bloquer prend quelques jours, pas quelques heures. L’activation d’un compte sur une plateforme, la mise à jour de l’annuaire, la réponse d’un support technique : chaque étape a son délai. En vous y prenant le lundi 24, vous gardez une marge pour absorber un imprévu avant le mardi 1er septembre.
Parce que les supports seront saturés la dernière semaine. À l’échelle nationale, des centaines de milliers d’entreprises vont vérifier leur raccordement au même moment. Ajoutez le décalage horaire avec la métropole — les hotlines ferment au milieu de notre après-midi — et la file d’attente réunionnaise devient vite pénalisante. Le matin, tôt, reste votre meilleur créneau pour joindre un éditeur métropolitain.
Parce qu’un contrôle serein vaut mieux qu’une découverte sous pression. Vérifier six points quand tout va bien prend 30 minutes. Découvrir le 2 septembre qu’une facture importante s’est perdue dans le circuit peut coûter des heures — et de la trésorerie.
Votre plan d’action cette semaine
- Lundi : bloquez 30 minutes avec votre expert-comptable (ou envoyez-lui la checklist de cet article par e-mail en demandant une réponse point par point avant jeudi).
- Mardi : vérifiez votre raccordement. Compte plateforme activé, SIREN présent dans l’annuaire. En cas de doute, la liste officielle des plateformes agréées est sur impots.gouv.fr.
- Mercredi : fiabilisez vos dix plus gros clients professionnels. SIREN, raison sociale, adresse — contrôle gratuit sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr.
- Jeudi : contrôlez votre modèle de facture (nouvelles mentions obligatoires) et désignez la personne qui consultera la plateforme chaque matin à partir du 1er septembre.
- Vendredi : traitez les points restés en suspens et notez ce qui relève de l’aide régionale — le dossier Kap Numérik peut s’anticiper dès maintenant.
Ce qu’il faut retenir pour votre TPE/PME
- Le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA — La Réunion incluse — doivent pouvoir recevoir des factures électroniques ; l’émission ne devient obligatoire pour les TPE/PME que le 1er septembre 2027.
- Six points à vérifier cette semaine : plateforme activée, annuaire à jour, SIREN clients fiabilisés, mentions obligatoires, personne désignée pour suivre les statuts, point calé avec le comptable.
- Les sanctions ont été durcies par la loi de finances 2026 (jusqu’à 50 € par facture, plafond 15 000 €/an), mais une clause de bienveillance protège la première infraction régularisée sous 30 jours.
- Ne remettez pas la vérification à la semaine prochaine : supports saturés et décalage horaire rendront tout rattrapage plus lent.
Testez-vous
Question 1 — Vous êtes une TPE réunionnaise de 3 salariés. Que devez-vous obligatoirement savoir faire le 1er septembre 2026 ?
A. Émettre toutes vos factures au format électronique
B. Recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée
C. Rien avant le 1er septembre 2027
La bonne réponse est la B. La réponse C est le piège classique : « je suis une TPE, donc j’ai jusqu’en 2027 » ne vaut que pour l’émission. L’obligation de réception concerne toutes les entreprises assujetties à la TVA dès le 1er septembre 2026, selon le calendrier officiel d’impots.gouv.fr. La réponse A, elle, n’arrivera pour les TPE qu’un an plus tard.
Question 2 — Votre facture électronique destinée à un client professionnel est adressée grâce à…
A. Son adresse e-mail de facturation
B. Son numéro SIREN, via l’annuaire central
C. Son numéro de TVA intracommunautaire uniquement
La bonne réponse est la B. C’est le grand changement de logique : la facture ne « part » plus vers une boîte mail mais transite de plateforme à plateforme, aiguillée par l’annuaire central qui associe chaque SIREN à sa plateforme de réception. D’où l’importance du point 3 de notre checklist : un SIREN erroné dans votre base clients et la facture n’arrive jamais.
Question 3 — Vous ratez l’échéance et l’administration constate un manquement isolé, que vous corrigez en trois semaines. Que risquez-vous ?
A. 50 € d’amende par facture, automatiquement
B. 15 000 € d’amende forfaitaire
C. Aucune sanction, grâce à la clause de bienveillance
La bonne réponse est la C. La loi de finances pour 2026 prévoit qu’une première infraction réparée spontanément ou dans les 30 jours suivant une demande de l’administration n’est pas sanctionnée, selon Service-Public.fr (janvier 2026). Attention toutefois : cette clause ne joue qu’une fois. La réponse A décrit le régime applicable aux manquements répétés, et le plafond de 15 000 € par an de la réponse B s’applique au cumul, pas à une amende unique.
FAQ
Je n’ai que des clients particuliers : suis-je quand même concerné ?
Oui, pour la réception. Vos ventes aux particuliers ne passent pas par la facturation électronique (elles relèveront du e-reporting selon le calendrier de la réforme), mais vos fournisseurs professionnels, eux, vous adresseront des factures électroniques. Vous devez donc disposer d’une plateforme de réception dès le 1er septembre 2026.
Micro-entrepreneur en franchise de TVA, dois-je m’équiper ?
Oui. La franchise en base de TVA ne vous exonère pas de l’obligation de réception : la FAQ de la DGFiP le confirme. Vous devez être raccordé à une plateforme agréée pour recevoir les factures de vos fournisseurs, même si vous ne facturez pas de TVA vous-même.
Combien coûte le raccordement à une plateforme agréée ?
Cela varie fortement : certaines plateformes proposent des offres de réception gratuites ou à quelques euros par mois pour les TPE, d’autres facturent au volume. Comparez avant de signer — nous avions donné une grille de lecture en trois critères dans notre article à J-45 — et vérifiez ce qui est inclus : archivage, statuts, support.
« En échouant à vous préparer, vous vous préparez à échouer. » — Benjamin Franklin, citation attribuée
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